Sortir d’un deuil bloqué grâce à l’HTSMA


Ce travail en une seule séance sur un deuil bloqué s’est effectué selon moi grâce à l’accordage de deux imaginaires qui, dans le voyage à deux fait ensemble, permet au patient (et parfois aussi au thérapeute) d’avancer sur son chemin de vie.

Il s’agit ici d’une mise en route des processus de deuil chez une jeune femme, venue me rencontrer deux ans et demi ans après le décès de sa mère. « Je suis dans une bulle avec elle, pourtant j’ai eu depuis un bébé, mon mari m’a dit qu’il allait me quitter si je ne changeais pas, je ne veux pas le perdre, je l’aime ».

Au deuxième rendez-vous, je lui propose un travail d’inspiration hypnotique sur l’inachevé de la relation avec sa mère, elle en refuse le contenu mais s’empare inconsciemment de la forme visuelle, dans la poursuite du travail sous une autre forme que celle de départ. Comme elle se montre débordée, j’ajoute du taping pour un travail plus interactionnel. La lumière passe du blanc au noir, elle voit un soleil couchant, elle me demande à s’allonger sur mon canapé, car elle se sent tendue.

Je lui avais précédemment raconté l’histoire d’une adolescente arrivée épuisée d’insomnie, qui s’y était allongée en disant qu’elle était une grosse larve. J’avais alors brodé sur une transformation en papillon. Je me dis qu’elle a embrayé sur cette histoire, mais j’ai un choc car c’est l’image d’un gisant qui m’apparaît – et je connecte immédiatement avec une expérience de supervision où je me suis retrouvée allongée par terre, fort inconfortable, dans cette position.

Le confort était apparu après la survenue d’images d’un voyage au Vietnam: des maisons en bambou où j’avais très bien dormi à même le sol. C’est donc en connectant paisiblement avec cette expérience et ses suites (sans en parler) que je la laisse faire son propre voyage auprès de sa mère morte, son corps devenant de plus en plus raide (je précise que dans la supervision il était question de deux mères mortes, la mienne et celle de ma superviseuse).

A bien y réfléchir, nous avons probablement communiqué inconsciemment avec une autre de mes expériences, celle d’un homme ayant « revécu » en séance sa naissance en se voyant gratter dans la terre, avec de la lumière au bout.

Toujours est-il qu’elle se retrouve sous la terre et pour finir, comme vous vous en doutez peut-être, dans le cercueil. Elle me dit

  • « Vous savez où je suis? »
  • « Il me semble ».
  • « Comment fait-on pour enlever le couvercle? »

Je lui dis alors ce qui me vient, dans l’idée de la co-construction:

« Ça dépend de quel côté on est, si vous voulez j’amène ma caisse à outils et on peut faire ça ensemble! » Réponse corporelle immédiate: ses mains bougent.

Je lui demande ce qu’elles ont envie de faire: elles poussent vers le haut, je la fais répéter et amplifier ce geste. Puis elle se redresse, elle s’ébroue et elle me dit:

« C’est mieux, j’étais à l’étroit là-dedans ». Après-coup, je me suis dit « Surtout à deux dans le même cercueil! » Je lui demande illico ce que cette expérience va lui permettre de faire de différent: « Vivre », me dit-elle. Je suis arrivée en retard à mes activités du soir, m’excusant d’avoir pris le temps de ressusciter une morte!

La fois suivante, plus d’un mois après des vacances respectives, rayonnante ce jour-là, elle raconte que le soir même son mari lui a dit, je la cite, « Qu’il ne l’avait jamais vue aussi vivante ».

Et ce qu’elle m’a rapporté de ses réactions et de ses rêves (elle revoyait alors en rêve sa mère avant la maladie, alors qu’elle était restée sur l’image de sa mère « Si belle sur son lit de mort ») illustrait que le processus de deuil s’était débloqué.

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A propos de Régine Picamoles

Je m’appelle Régine PICAMOLES. Je suis psychologue clinicienne depuis 1988, reconnue comme psychothérapeute depuis la création du titre. Cette activité me passionne toujours. Et je me sens toujours en recherche pour mieux accompagner ceux qui viennent chercher un appui auprès de moi... Par nécessité puis par choix j'ai travaillé dans des domaines variés. J'ai ainsi acquis une expérience comme salariée auprès de personnes âgées, en hospitalisation à domicile, auprès d'adultes handicapés mentaux, dans le domaine des violences conjugales, familiales et sexuelles (en lieu d'accueil puis en consultation dans un centre spécialisé), dans le champ du psychotraumatisme, auprès de salariés dans une administration, et auprès du “tout venant”, en libéral depuis 1997 et en CMP depuis peu. C'est là que j'ai connu Pierre avec qui, entre autres, j'anime avec grand plaisir le groupe thérapeutique “traitement non médicamenteux de l'anxiété”. Je suis aussi formatrice depuis 1992 dans mes domaines de compétences. J'aime faire partager mes réflexions, mes savoirs. C'est dans un désir de “faire au mieux” que je me suis formée à différentes méthodes de psychothérapies. Pour citer les principales, dans l'ordre : l'approche psychanalytique, la relaxation psychothérapique, l'approche familiale et institutionnelle systémique, la thérapie orientée solutions, l'hypnose éricksonienne, l'HTSMA (Hypnose, Thérapies Stratégiques, Mouvements Alternatifs), la thérapie narrative. J'aime aussi écrire quand j'ai un peu de temps, avec la même optique de transmission. Merci à Pierre d'avoir conçu le site Hypnosos afin de diffuser des textes sur l'hypnose thérapeutique qui est une approche particulièrement pertinente! Pour plus d'informations et pour les curieux allez surfer sur mon site (qui sera mis à jour quand j'aurai du temps !)

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